Chaque jour de frappes contre le Hezbollah réjouissaient Joseph, qui pouvait exprimer là son phénicianisme acharné et revanchard. Mais chaque jour sans cessez le feu et sans pression diplomatique contre Israël l’angoissait pourtant et érodait cette imagination confortable, parce qu’il sentait combien il devenait libanais comme les autres, comme on est seulement arabe, presque irakien, moins que syrien, et comme le dernier des palestiniens qu’il avait appris à détester avec cette précision méthodique d’un héritage choisi. Ses parents l’observaient s’être inventé cette généalogie chargée de haines avec incrédulité, sans vouloir y croire. La mort de Hassan Nasrallah aurait dû être une fête, elle était ternie par une gêne imprévue, une logique d’entrainement qui trahissait toute la cause de Joseph. Chaque jour où le Hezbollah perdait de sa superbe entrainait avec lui le lustre entier du Liban de manière inconcevable, ce vernis d’arabe de luxe qui imperméabilisait le Liban apparemment du reste de la région, il l’avait pensé abimé et trahi par ce mouvement même pas libanais, il découvrait qu’il en était une face et peut-être même un des derniers moteurs. Le Hezbollah perdait la face, Beyrouth devenait moins européenne que Tel Aviv, le Liban entier était rétrogradé au passage, et Joseph tombait aussi, à devenir simplement arabe.