Elle regardait sa fille le visage baigné de lumière blanchâtre, voutée sur son portable, sculptée statique, et avait peur qu’elle prenne froid dans cette teinte. C’était presque le même angle qu’elle à l’époque dans ses livres, grandie dans les parallèles bleutées de butagaz et à la lumière des piles de torches, contrainte d’imaginer la fin de la phrase parfois quand ça s’arrêtait en plein milieu. Elle en avait eu les yeux chauds de lire autant de nuit. A la pensée qu’elle, par contre, faisait ça dans un abri, le malja en bas de l’immeuble, ou parfois le malja plus grand au fond du quartier quand la situation était horrible, elle sentit glisser vers elle un lent goudron noir. Cette guerre là avait commencé avec la destruction totale du plus grand et du plus profond abri fortifié. Elle n’avait pas terminé avec la mort du dictateur acculé dans son bunker, elle avait commencé avec son assassinat, au pic de la protection possible. C’est ça qu’on pleurait avec lui, l’adieu au malja, l’adieu à la course de vitesse pour se réfugier. La simple possibilité d’un abri avait disparue un soir de septembre.