Portrait de crise #33 – Haidar

Les trois lustres rococo pendaient, et il les regardait avec dégout et stupéfaction, pendant que la même vision avait fait monter sa mère dans les aigus, heureuse de retrouver ce repère inespéré. La lourdeur de ces structures qu’il détestait depuis des années, tout en cristaux pâles, surchargés d’un mauvais goût traitre, avait résisté.

Le reste avait été balayé du souffle d’une explosion à une autre, devant derrière l’immeuble, le flux et le reflux avait broyé les matières des meubles, les vibrations avaient dissous les colles et libéré les vis. Les choses avaient plié, gondolé, et de là haut sur le toit les khazan (citernes) avaient fondu ou s’étaient fendu de haut en bas, pour laissé l’eau déferler ensuite dans les escaliers et jusqu’à chaque appartement. A moins que ce soit les canalisations de l’appartement au dessus qui aient lâché en premier. Ce n’était plus un souffle qui était passé, c’était une marée d’où pendaient les crochets des lustres, privés en partie de leurs cristaux, tombés petit à petit, après les explosions, en sucre de nacre pour couronner les gravats statiques. Dépouillés, ils ressemblaient à des ancres à l’envers, des crochets agressifs où suspendre les restes, témoins de la vague repartie après une grande marée. Après les avoir aperçus, il s’était penché spontanément a pic de l’immeuble éventré pour voir si certaines affaires n’étaient pas en bas, emportées par le ressac.

Pendant que sa mère se saisissait d’un balais en paille, se cassait le dos, et entreprenait de balayer tout ce qui était sec et à terre sans gâcher un mot de plus, il lui prenait des envie de laver à nouveau ce lieu intégralement, de peur que la marée ait laissé quelque chose, une couche insidieuse.


C’est après ça que les rêves ont commencé, de villes engloutie par les flots. De digues dont il suivait les fissures progresser sans avoir le temps de fuir. De vagues qui remontaient la façade pour finir leur marée, avec lui qui s’attachait aux lustres pour ne pas tomber sur le plafond, pour ne pas rentrer dans ces flots sans savoir nager. Un des réveils, l’urgence d’aller sentir le contact de l’eau était restée, il avait roulé 3h pour aller à la mer, pas à la plage en groupe, pas comme d’habitude, seul avec l’urgence d’apprendre à se laisser encercler par la mer et de changer le cours de la prochaine nuit.

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