Depuis ce fond de murmures remués à la main, il ramenait souvent la ponctuation des morceaux irréguliers, jusqu’à ses rêves personnels. Le son plat et rond de certaines pierres à l’impact, qui brisaient le rythme des décombres, restait. Un son des pierres jusque dans son sommeil, où il avait hâte qu’elles se taisent. Elles rentraient dans la chair au fil des jours, calcifiaient les dos de tous les sauveteurs en descendant depuis la nuque, les plongeaient dans un bain de poussières stationnaires qui cachaient leurs larmes. Il fallait savoir pleurer pour ne pas prendre de risques mais il n’y avait jamais assez de larmes, et les paupières coulissaient d’heure en heure jusqu’à ne plus maintenir qu’une fente alourdie en fin de journée. La journée se finissait quand on ne pouvait plus voir, ou plus cracher.
Derrière son masque, à écouter sa respiration pendant des heures et sentir ces couches de poussières prises dans leur lutte avec des pistes de sueur qui laçaient la peau, il repensait à son père chercheur d’or. Aux pierres qu’il avait dérangé dans les nuits des montagnes avec ses projecteurs sur batteries et ses amis, un assemblage de types vissés à leurs chaises de plastique blanche les soirs, à fuir leurs familles pour élaborer la prochaine fouille qui serait enfin celle du triomphe. Ils cherchaient le site pour enterrer leur image d’escrocs usés et chacun endosser le rôle de héros familial à l’imminence longtemps retardée. Son père n’avait jamais craint qu’une chose, comme lui aujourd’hui, c’était de trouver des dépouilles, de rencontrer des ossements, il lui avait martelé le principe absolu de ne pas les toucher, il avait des valeurs, il n’était pas comme les autres qui cassaient tout à la dynamite. Il le revoyait proférer ça sur la terrasse avec son corps sec et sa clope à la main, assis sur la balancelle. Ils avaient dégagé une balancelle comme ça ce matin, même pas cassée, juste nonchanlante de souplesse, contrainte à des courbures improbables par la pression du béton, sans le moindre bout rompu.