Portraits de crise #27 – Kassem

Tu sais pour moi…J’ai vu une carte se couvrir de points. Moi j’avais une carte en tête, avec plein de…choses…à travers le pays. On va dire comme ça. Et je l’ai vu se couvrir au fil des jours. Je veux dire…Bien sûr que j’ai été choqué quand ils l’ont tué, lui, et puis si vite, mais il y a d’autres trucs que moi seul pouvait savoir, et quand ils étaient touchés je devais garder le silence. Quand tu sais que ça a tapé un cimetière, et que là il y avait une entrée, quand tu reconnais un lieu où tu es déjà allé…Les premiers jours au moins. Après c’était pire, je ne savais plus, ils frappaient quelque chose et au début je pensais qu’ils se trompaient, mais plus le temps passait plus je réalisais que cet endroit là c’est moi qui ne le connaissait pas, je n’avais jamais su ce qu’il y avait là bas, parce que je n’avais pas le droit de savoir, ou alors que c’était un endroit improvisé dans l’urgence depuis quelques jours. A la fois c’était quelque chose où j’étais fier de nous, mais à force j’ai compris ce que ça voulait dire, que tout était pénétré, qu’il n’y avait plus rien d’hermétique, et que tous les nouveaux mouvements étaient traqués aussi. Ils ont tout su. En 2006, ils ont fait une descente avec des forces spéciales parce qu’ils pensaient attraper le sayyed avec une information piratée, mais ils étaient descendus au sol, et ils se sont trompés. Les américains pour Ben Laden, ils étaient descendus aussi. Il y avait un certain respect. Ils sont venu récupérer des disques durs et des documents, ils comprenaient pas tout, ils voulaient des informations en plus. Là, rien. Ils n’avaient plus besoin d’en savoir plus, ils avaient déjà tout, il restait juste à tout détruire…Et ils ont fait ça avec la plus grande des distances, et l’explosion la plus énorme possible, pour être vraiment sûr qu’il ne reste absolument rien.

A côté il y a tout ce qui ne les a pas intéressés. Il y a des choses qu’ils n’ont pas tapé qui sont des insultes : les immeubles abattus, bien entendu c’est horrible, mais la chose qui m’a fait le plus mal au cœur c’est de voir Mleeta intact. Ca fait 25 ans que je suis dans la résistance, et mon père avant lui, mais jamais je n’ai senti un truc pareil : Mleeta c’était comme une évidence, un musée un ciel ouvert avec un message en hebreux visible du ciel pour leurs drones, et des carcasses de leurs chars, c’était de la provocation pour les attirer, et on reconstruirait encore plus vite pour les narguer. Mais j’avais jamais réfléchi à ce que ça voudrait dire s’ils ne le frappaient pas. Et là c’est encore pire maintenant qu’on sait qu’on a rien de nouveau à y ajouter : on n’a pas récupéré de leurs chars ou de leurs drones, il va falloir qu’on le détruise nous même pour garder notre fierté.

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