Portrait de crise #26 – Madame

Il était charmant ce jeune homme, bien éduqué. Très correct. Je crois qu’il m’a dit qu’il était archéologiste…archéologue. Eben asl. Vraiment. Il est monté dans le taxi et on a sympathisé, je lui ai donné mon numéro pour qu’il vienne visiter l’appartement et prendre le café, vraiment c’était un coup de chance. Il m’a donné confiance, il avait un peu l’âge de ma nièce. Parce que je ne fais plus confiance aux agents immobiliers, non vraiment, Haram, la dernière fois à cause d’eux j’ai loué à une personne pas convenable, je n’ai rien contre…mais lui il s’est mal comporté, il n’a pas respecté.

Au retour d’avoir préparé le café, un d’eux a posé des questions sur moi, ça a fait sourire madame, il lui a posé des questions, et plus il en posait plus elle avait l’air de s’amuser. Moi je ne savais plus s’il fallait que je reste ou pas dans la pièce. Mais lui, le français, il a changé de tête quand elle a dit « elle vit ici mais elle est très discrète vous verrez ». Il n’a pas répondu. Il a regardé son amie avec des yeux bizarres. Et Il a dit quelque chose à madame comme « vous voulez dire qu’elle vit dans l’appartement? ». Et moi je m’en suis voulu après, j’ai pensé que c’était peut-être à cause de moi qu’ils ne l’avaient pas pris.

A ce moment là moi je la regarde. Et il y a un moment de flottement, vraiment. Elle nous explique que « oui, sa bonne vit dans cet appartement, pendant qu’elle elle vit dans l’appartement en face, mais elle est très silencieuse ». Elle, la bonne. « Et de toute façon elle regarde la télé quand elle n’est pas avec moi à faire les courses ou la cuisine ». Du coup, moi je savais plus…j’ai répété la question autrement, « vous voulez dire qu’elle va habiter avec nous? ». Et elle a haussé un sourcil en dessous de son brushing et vraiment contemplé ma question avec un mélange d’inquiétude et de tendresse, comme si je mettais sur la table un malentendu culturel. Bien sûr que non elle n’allait pas habiter avec nous, elle fera sa vie discrètement! Enfin sauf si on voulait qu’elle nous fasse le ménage aussi, auquel cas on pouvait s’arranger elle et nous. « Et en attendant pour la cuisine ce serait pratique ». Et elle a embrayé sur la cuisine qu’elle n’avait pas eu le temps de refaire encore, mais que notre arrivée permettrait de refaire. Parce que l’idée j’ai compris ensuite c’était qu’on amène 6 mois de loyer pour qu’elle refasse l’appartement pour qu’on puisse l’habiter. Je te jure, l’appartement il n’avait pas été ouvert depuis 20 ans au moins, et apparemment ils avaient colmaté les trucs après l’explosion mais sans refaire vraiment. Moi je trouvais que ça avait du charme au départ…Je crois qu’à un moment donné elle a compris qu’on était gênés, et elle nous a parlé de sa bonne et des employées de maison. Et la bonne était dans la pièce et ne disait rien. Et que contrairement à d’autres, elle, elle la respectait, et que c’était fou combien les gens maltraitaient leurs filles d’ailleurs, avec tous ces gens indignes qui les avait abandonné avec la crise et avec la guerre. Et qu’il y avait aussi des filles moins bien qu’avant, que la dernière avant celle-ci, quand son mari était encore vivant, elle s’était échappée en pleine nuit et qu’il avait fallu appeler la police, et que toutes n’étaient pas aussi honnêtes. Et là je réalise en te le disant mais pas à un moment elle nous a donné son prénom.

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