Les français vous ne le savez pas mais vous venez chercher Georges Pompidou au Liban. Parce qu’avec la guerre, nous on a pas pu passer à Giscard, alors Pompidou plane encore. Et vous réalisez que chez nous il vit encore quand vous voyez une enseigne « Singer » d’époque dans la rue, avec le petit monsieur dans la boutique qui n’a pas changé non plus depuis 50 ans, et alors ça vous déclenche quelque chose…Moi à force de voir des générations de français faire la même chose, aimer les mêmes choses, c’est presque devenu comme une expérimentation en sciences de la nostalgie. C’est pas forcément quelque chose d’agréable à observer pour moi mais il faut le voir au moins une fois…C’est dans le regard, ça passe de la surprise de retrouver un bout disparu de votre histoire, de le trouver dans la rue encore en vie et pas dans un musée ou dans un vieux bouquin…Ca passe de ça à une fierté inquiétante, comme si une part de vous retrouvait son naturel de culture déferlante et sûre d’elle-même, et que soudainement vous trouviez ça normal. Totalement logique. Ce truc que vous n’avez plus nul part chez vous mais que vous retrouvez ici par surprise, il mérite tellement d’être encore là vous le sentez. Parce que personne ne vient chercher le colonialisme ici, Pompidou ou de Gaulle peut-être mais pas le colonialisme, non, d’ailleurs vous savez même pas qu’il pourrait être là puisque c’était un mandat et pas une colonie juridiquement. Vous ne venez pas le chercher mais par contre il est là, et vous le retrouvez avec naturel, sans l’avoir jamais vu avant, et vous vous y sentez immédiatement bien.