Portrait de crise #12 – Le pli de Rafic

Je regarde toujours la statue depuis le bas de ses jambes. Le pli de Rafic. Ce style d’amas maîtrisé de non-ourlets, le bas du pantalon cassé, en escalier, touchant presque le bout de la semelle arrière. C’est le millésime signature de ces costumes trop grand des années 1990 – l’époque était aux largesses dans tous les sens et au non-respect des règles, y compris dans le style.

Il y a des pigeons à côté, tu savais que c’était lui qui avait insisté pour qu’on les laisse revenir à Beyrouth? Pour faire Paris dans ce nez refait et synthétique de la ville? Ca a veilli ce clinquant plastique des années 2000, c’est déjà jauni, frappé de millésime triste exactement comme une chirurgie esthétique dont on reconnaît la date.

Pendant un quart de seconde, je crois voir la statue bouger, je sursaute et me fige. Le monde a tressauté sur son rail, c’est mon cerveau qui singe la guerre, superpose le réel un instant par sécurité, ça lui arrive encore, spontanément je repose mes yeux sur les plis pour vérifier qu’ils n’ont pas bougé.

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