Portrait de crise #8 – Abou K.

Il faisait rouler sa paume le long de la torsade d’acier en contemplant d’autres lianes de béton, prises dans ces coulées de gravas jetées depuis les restes d’immeubles, indécentes de souplesse. De ces frappes qui nous ont montré quelque chose qu’on ne savait pas sur les constructions – qu’elles avaient un état gazeux et pouvaient s’évaporer instantanément – il restait parfois aussi des vestiges de pétrification de leur trajet retour. Gaz, liquide, puis solidifié à nouveau en plein mouvement absurde.

Il se tenait à cette ferraille d’attente jusqu’ici tendue vers un futur, et maintenant dévitalisée – et il s’y tenait un peu plus que pour maintenir son équilibre, à retenir son propre poids pour éviter de piétiner l’amât autrement que d’un pas léger. Attenter aux affaires des autres et déranger le fatras, ajouter un nouveau bruit, le gênait encore plus que de ne pas récupérer les siennes. La tige était encore un peu dirigée vers le ciel, pas tout à fait couchée, pas totalement instable, encore droite, et il ne lâchait pas ce mat sans drapeau, ancienne veine d’un béton optimiste. Il retenait un son qu’il cherchait et sentait imminent s’il lâchait, le fer à béton à ce bruit quand il tombe sur un sol, comme une cloche mal accordée mais sonore dans l’annonce.

Longtemps resté en attente de sa chaire à venir, cette tige avait été la marque d’un futur étage, d’une future strate familiale qui s’ajouterait à l’autre, qu’on laissait à l’air libre comme une pression discrète et un indicateur – Alors ? A quand une famille avant qu’elle montre la moindre trace de rouille ? -. Quand elle n’était pas la trace des investissements hasardeux et des escroqueries immobilières, carcasses jamais terminées et drames familiaux qu’on savait lire tout le long des routes quand on savait les lire. C’est une chose de savoir ses souvenirs écrasés et d’en reprendre quelques traces dans les gravas, c’en est une autre de chercher ce qui pourrait bien être un reste de futur antérieur.

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