Portraits de crise #3 – Oum Fulan

Elle sortit de l’immeuble vers 9h, quand n’importe qui d’autre aurait été saisi par l’odeur de brûlé tombée sur la ville et aurait hésité sur le perron à faire résonner ses pas dans une rue vide. Mais décidée sur les courses comme elle l’était, il n’y avait eu aucune seconde de doute. Il fallait de la viande. Le salon avait été arrangé cette nuit en catastrophe pour accueillir ces nouveaux lits, mais il était hors de question de ne pas recevoir ces cousins comme s’ils étaient des invités. Il fallait de la viande comme avant. Il faudrait enlever tout ce dispositif de fortune installé hier pour revenir en arrière. A un salon où ils ne seraient apparemment que des visiteurs, pour s’installer quelques heures après à nouveau, le soir, par hasard – comme un campement après une panne de voiture inattendue, un scénario drôle pour enfants, qui prolongerait le week-end ou les vacances. Il fallait construire un scénario de l’absurde suffisamment proche d’une réalité ancienne, cuisiner l’habitude la plus rassurante possible avec tous les restes de volontés, maintenir l’idée du retour imminent, du provisoire. Et il fallait de la viande pour stimuler les imaginations, et le boucher comprendrait cette fois-ci, et si elle évitait sa rue depuis deux ans, il aurait oublié, parce qu’il fallait de la viande.

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