Wasta, une société dirigée par le Libanais Yazid-Hussein el Gemayel, a annoncé hier avoir levé 80 millions de dollars en financement de série C, portant l’enveloppe totale récoltée depuis ses débuts à 130 millions de dollars. Une montée en puissance fracassante pour cette start-up de 1 an d’âge, domiciliée au Beirut Digital District.
Fondée originellement à Taanayel à la Békaa, la start-up Wasta a été fondée par quatre chercheurs à l’Université Marie Antoinette de Jounieh, Maurice Rawad, Josette Korshid, Yazid-Hussein el Gemayel et Adélaide de Val de Zouk, partis d’un constat simple : « la wasta, cette capacité d’intermédiation typiquement libanaise, qui permet à chacun et chacune de dépasser les tracas du quotidien et le blocage du système en quelques coups de fil, est en panne« , explique gravement Josette Khorshid.
La wasta, ce mot valise libanais, c’est en effet ce coup de téléphone passé à un homme politique pour débloquer un dossier administratif, ces relations qui permettent de savoir qui contacter et où, mais aussi plus subtilement cette assurance que l’on aura à l’examen de fin d’étude parce qu’elle est un filet de sécurité au cas où on le raterait. « Une tradition qui a maintenant plus d’un siècle, fondamentale au Liban, en tout, et qui n’a jamais été modernisée, jamais considérée sous son potentiel digital et business: nous l’avons étudiée, nous en avons relevé les angles morts, et nous en avons fait une appli« , explique fièrement Yazid-Hussein el Gemayel.

La wasta bloquée? « Il y a eu une accaparation de la wasta par des familles qui la transmettent en héritage, et par des intermédiaires qui en font commerce, bloquant d’autant tous les moyens de démocratiser la wasta et faire en sorte que chacun ait du réseau« . « Je vais paraître prétentieux, mais l’enjeu sous cet angle c’est que nous pensons pouvoir redéfinir la démocratie libanaise au travers d’une appli » ajoute el Gemayel, un ancien du parti Sabaa, qui a aussi longuement travaillé sur le project Impact.
L’objectif de Wasta, l’appli, est alors simple : « il s’agit de démocratiser cette ressource : chacun doit pouvoir donner un peu de sa wasta à l’autre, dans une perspective de partage, et sans qu’il y ait d’échange monétaire« . En clair, l’usager s’inscrit, explique sa demande et décrit par ailleurs en même temps les contacts qu’il a personnellement et pourraient servir. « Plus les contacts sont nombreux et variés, plus les points de wasta sont importants et permettent à son éventuelle demande d’apparaître en premier dans les recherches« , explique Josette K, ou « d’être traité en priorité et plus en profondeur par l’IA« .
Car c’est surtout une IA qui malaxe ces données pour trouver des points communs, faire des liens et mettre en contact problèmes et solution, charge aux intéressé.e.s de voir à quel point l’IA aura été clairvoyante. C’est grâce à cet outil novateur que s’opèrent les contacts. D’un projet de recherche et de fin d’étude, Wasta s’est développée en une start-up florissante qui répond aux standards de qualité internationaux reconnus par l’Organisation internationale de mise en réseau (ISMR) et l’Organisation des Nations unies pour la Force des Liens Forts (ONUFLF).
L’application, pour révolutionnaire qu’elle soit, ne suscite toutefois pas l’unanimité. Les intermédiaires traditionnels, simsar d’immeubles, avocats, livreurs deliveroo, et professionnels de l’intermédiation ne voient pas l’application d’un bon œil : Ahmad Kronfol, président du syndicat des awsât, les intermédiaires, est vent debout contre cette application. « nous sommes pour beaucoup détenteurs des wasta les plus efficaces et les plus reconnues, travaillées avec régularité et professionnalisme depuis des années! Qui sur cette application peut garantir la qualité de cette wasta? tout le monde peut s’y inscrire et prétendre y avoir du réseau, c’est une perte de temps potentielle énorme pour les personnes qui se font confiance sur cette appli« . Le risque est clair pour lui : « que se passe-t-il si la wasta promise ne vient pas?« .
Il précise que le danger est autant économique que sociétal : « c’est d’abord un risque énorme pour nous, une profession de plus qui serait uberisée et mise en danger dans un contexte de crise économique majeure, mais c’est aussi une potentielle catastrophe pour le Liban tout entier si tout le monde peut y prétendre n’importe quoi et être n’importe qui et faire semblant d’avoir plein de contacts partout, ça n’est jamais arrivé avant« .
Rappelant que le problème « d’avoir du réseau », autre nom non-libanais de la Wasta, est rien moins que mondial, Josette K. précise : « Les autres pays sont encore dans la phase de recherche. Ils essaient de trouver des solutions. Mais personne n’a encore trouvé une solution comme la nôtre qui est de quantifier et distribuer la wasta sous forme d’application ». L’équipe de Wasta met ainsi la recherche au service d’un projet utile à la population locale, afin de remédier à un problème majeur auquel le Liban est confronté, et peut-être demain le monde entier. Et d’ajouter en guise de conclusion : « notre produit est déjà utilisé par des hommes politiques au Liban même!« . La dernière demande de l’un d’eux? « cherche contact illuminati ou reptilien pour solution crise longue et complexe« . Écrire à l’IA qui transmettra.