Ahmad est concentré et a l’air grave en regardant les ouvriers mettre la dernière touche au projet. Alors quand enfin les bulles commencent à sortir du générateur, son visage se fend d’un sourire soulagé : « ca marche! Les enfants vont être tellement heureux« . C’est en effet pour eux qu’Ahmad, Tobias et Julie, tous trois travailleurs de l’UNICEF ont mené l’organisation depuis plusieurs mois d’une opération : « les générateurs ont du coeur ». Adossé à son 4×4 UN décoré pour la saison d’un gros nœud rouge, il soupire de soulagement. 5 mois de travail se concrétisent.
pour les tout petits nous avons sorti un livre pour les pousser à connaître les différents modèles de générateurs et les familiariser avec le monde des produits pétroliers
Janine Jnoub, figure philanthropique du quartier
Pour célébrer Noël et l’enfance, l’UNICEF a en effet mis les petits paquets dans les grands, et ce dans trois quartiers de la capitale libanaise : repeindre les générateurs du quartier aux couleurs de Noël, entrelacer des guirlandes et des boules le long des cables électriques qui pullulent dans le quartier, mais surtout proposer une innovation technique et esthétique, « à partir du 15 décembre, grâce à un additif dans l’essence, la fumée des générateurs du quartier sera soit rendue blanche soit travaillée de manière à produire des bulles de savon. Regardez« .

En effet, le générateur, repeint en rouge pétard, siglé d’un fier « Joyeux Noël! » fraichement repeint, donne désormais des bulles de savon du plus bel effet. Et surtout, au lieu de vibrer comme d’habitude d’un son sourd et menaçant, il est désormais transformé en une enceinte de chants de Noël, habilement mis en musique par Julie avec une équipe d’ethnomusicologues urbains de l’Université de Szohôd et sa propre équipe des Nations Unies spécialisée, réunie au sein du Propulseur Digital de Design Thinking Urbain du Développement Durable : « nous sommes partis de la fréquence de vibration du générateur comme une base et une basse sur laquelle construire des chants de noël réarrangés« .
Tout le quartier va donc profiter de chants de Noël réarrangés par des figures de la musique contemporaine en permanence, d’autant que l’UNICEF a payé pour une électricité 24/24 au moins de décembre. Oum Kalcium, figure du quartier, ne tarit pas d’éloges sur ces chants : « ça fait seulement 3 jours et je n’en peux déjà plus, faites en sorte qu’il y ait une pénurie de mazout s’il vous plait« .
Pour mener à bien ce projet Ahmad, senior digital post-strategist, future mind mapper, head of imaginings et main babyfoot stakeholder au sein du Propulseur digital a rencontré une autre force vive, Janine Jnoub. Figure du quartier, énergique bout de femme qu’il serait limité de présenter comme la femme de Theodore Morcous, le principal importateur de générateurs au Liban depuis trente ans, souvent soupçonné – sans preuves – d’être à la tête d’une hypothétique « mafia des générateurs » (NDLR : Theodore Morcous, actionnaire de notre journal, n’a pas souhaité répondre aux questions que nous nous sommes prudemment abstenus d’aller lui poser).

Ce projet de Noël, ces « générateurs ont du cœur », elle y tient particulièrement. « pour les enfants d’abord », elle qui a tant œuvré dans le domaine caritatif depuis 30 ans. Mais aussi car c’est désormais le projet-témoin d’une rencontre, entre Marc, le génial entrepreneur de « générateurs sans frontières », ce self made man parti de rien et secondairement fils de Janine Jnoub, et Sandra, la représentante de « Noël sans frontières », chacun sous-traitants de ce projet pour l’UNICEF.
Marc et Sandra se rencontrent justement à une soirée de Noël, l’année dernière, celle organisée par le père de Sandra, l’importateur de pétrole Joseph Nicolas, qui fêtait cette année là des profits records. Non seulement le croisement de leurs métiers a donné ce projet inattendu, mais il a aussi fait naître une idylle – l’un et l’autre ont convolé en justes noces il y a quelques jours, à l’occasion desquelles le père de Marc a fait tonner les sirènes des générateurs du pays toutes ensembles à la même heure.
« à partir du 15 décembre, grâce à un additif dans l’essence, la fumée des générateurs du quartier sera soit rendue blanche soit travaillée de manière à produire des bulles de savon
Ahmad, senior digital post-strategist, future mind mapper, head of imaginings et main babyfoot stakeholder au sein du Propulseur Digital de Design Thinking Urbain du Développement Durable de l’UNICEF
Ahmad était aussi à cette soirée à l’époque. Cet esprit brillant, qui à l’époque s’apprêtait à tout quitter pour lancer « NFT sans frontières » – projet depuis en sommeil – croise ces deux têtes bien faites, « et on a réalisé sans trop y croire, c’est tellement improbable, qu’on était passé par les mêmes écoles depuis 27 ans! – la maternelle Nabil Ketwali de la rue Spears, l’école Montessori, Jahmour, le bal de l’ATCL, l’AUB, l’INSEAD et Harvard Kennedy School« . Cette rencontre tellement improbable, c’est l’étincelle de ces « générateurs ont du coeur ».
Depuis, ils ont travaillé d’arrache-pied. Et tout n’a pas été de tout repos dans un tel projet, il faut bien le dire. « Nous avons été ralenti dans le projet parce que d’autres agences des nations unies ont cherché à nous mettre des bâtons dans les roues« , souligne Ahmad. « les prétextes étaient nombreux, soit que le projet paraissait à certains totalement hors des clous des objectifs des Nations Unies en matière de développement durable, soit que pour d’autres il était soi-disant de mauvais goût que nous illuminions tout le quartier de cette façon sans que les gens reçoivent plus d’électricité chez eux« .
Le jeune entrepreneur balaie ces prétextes de la main, « les jalousies sont tenaces hélas, c’est le lot de tous ceux qu’ils veulent innover, regardez Elon Musk, Carlos Ghosn, Riad Salameh…euh n’écrivez pas Riad Salameh peut-être« .

Janine Jnoub est sur la même ligne : « c’est évidemment malheureux qu’un enfant se soit électrocuté et qu’un autre ait fait une chute en installant les guirlandes il y a quelques jours, et que l’hôpital les ait refusés dans un premier temps, mais ils vont mieux et je ne crois pas qu’il faille pour autant oublier combien ce projet est important! Vous verriez le regard émerveillé des autres enfants, ça n’a pas de prix!« . Gâtés, les enfants le seront aussi dans les semaines qui viennent :
« nous allons sortir l’un des premiers générateurs du Liban, datant de 1922, du musée historique du générateur, à Zouk, pour alimenter un stand de barbapapa et sensibiliser les enfants à l’histoire du générateur, changer l’image de ses propriétaires«
Clou du spectacle, « pour les tout petits nous avons sorti un livre pour les pousser à connaître les différents modèles et les familiariser avec le monde des produits pétroliers« . Et même s’il faudra peut-être le lire en journée pour éviter les coupures le soir, Janine Jnoub veut rester optimiste et tournée vers la lumière : « on peut ne pas boire et ne pas manger, mais on ne peut pas ne pas rêver à Noël« .