SAS – Dernière escale à Beyrouth (extraits inédits)


Disparu en 2015 dans un banal accident de curling au large de Baalbeck, au sud du Brésil et à la verticale du périphérique chiite, le romancier Gérald le Virer nous laisse une oeuvre protéïforme et disparate, aux contours fixes et croquants, en ayant laissé inachevé une dernière pièce qui s’annonçaît majeure, laissant aux prises son héros de toujours, Malko, avec le danger woke et féministe. Extraits inédits des cahiers retrouvés.


L’hôtel où résidait Malko n’avait pas changé depuis sa dernière visite en 2008. Pendant qu’il faisait machinalement le tour du propriétaire du batiment situé à Latitude : 33.888331 | Longitude : 35.87936 et demandez Serge à l’accueil au troisième étage pour ce que vous savez Mustapha s’approcha de lui, l’oeil toujours aussi torve et sympathique. Le maître d’hôtel avait pris quelques kilos mais gardait sa livrée et sa bonhommie légendaire qui avait fait le charme de l’endroit. L’hôtel n’avait à vrai dire pas changé depuis 1973 en réalité, et restait un témoin de ce Beyrouth éternel, la cuisse du Moyen-Orient comme le disait Higgins, un rendez-vous des nostalgiques des hôtels à moquette, enfumées par des nuits de cigarettes, avec des mini-bar souvent vidés par un fedayin palestinien éméché tandis que le code du coffre de la chambre 407 était le 34b47 avec les documents demandés à l’intérieur et on fait comme d’habitude. Comme ce guérillero à la voix rauque et aux oreilles décollées à qui Malko n’avait même pas eu à poser de questions pour avoir les informations qu’il voulait, une nuit d’octobre 1977. Et puis cet hôtel, c’était le témoin des nuits avec Georgette. Justement, quand Georgette rentra dans la pièce, se dirigeant vers le bar avec autorité, Malko se figea. Ses yeux de braise et ses dents éblouissantes étaient toujours aussi irresistible, sa croupe orientale était toujours digne d’une rapide ascension sociale, et il su instinctivement qu’il la posséderai pour le reste de la nuit.

[…] p. 4
Georgette alla lui rechercher de l’eau pour faire passer la situation. Malko s’excusait encore, encore nu comme un ver sur le lit, mais toujours sans utilité apparente : « je ne sais pas, ça m’arrive jamais d’habitude, je t’assure, ca doit être le stress ou les russes… ». Elle lui sourit et n’écoutait plus, pour une fois qu’elle avait la possibilité de ne pas avoir ses reins cambrés jusqu’à l’extase avec chacun des pores de sa peau qui éclataient d’une désir furibard et ses seins galbés qui trahissaient ses origines paysannes prêts à exploser, tandis que Malko lui arrachait des spasmes et des sons venant d’une contrée qu’elle ne connaissait pas, par chomage technique, faute de Malko, victime d’une érection en panne d’auteur, elle allait plutôt regarder une série Netflix.

[…] p. 37
Quand Joyce, la nièce de Georgette, rentra dans le restaurant, Malko se figea. Il regarda ce corps de diva et senti son propre corps d’extasier en avance. Ses yeux de braise et ses dents éblouiss…

– Pardon mais vous arrêtez ça, dit-elle d’une voix ferme, à peine rentrée

– Je vous demande pardon?

Qu’est-ce que vous croyez au juste Monsieur Molki? Baissez les yeux, on ne me regarde pas comme ça, sinon j’appelle la sécurité. Vieux pervers

Mais enfin je…Et c’est Malko, pas Molki

On est plus en 1990, connard. Et en plus ça mange une grosse entrecôte de connard comme un connard de vieux boomer dit elle en frappant la table de sa main – à la peau qu’il imaginait douce et soyeuse.

– Malko savait bien depuis 10 ans qu’on n’était plus en 1990, elle ne l’aurait pas comme ça. « Encore une putain de woke à discipliner, mais je vais la dresser », pensa-t-il en machant, avant de se rendre compte qu’elle s’approchait un peu plus de lui.

Je vous entends.

Comment ça vous m’entendez? Malko avait peut-être parlé en grommelant trop fort, le médecin lui avait dit que ça pouvait arriver.

Non je vous entends, vraiment, sans avoir besoin de vous entendre, on n’est plus en 1986 avec un narrateur masculin omniscient qui parle de femmes qui font semblant de ne pas entendre, et d’ailleurs on a toujours entendu, même en 1986, mais comme maintenant c’est moi qui décide…
Il se rappelera après qu’il avait brièvement vu la main s’approcher pour lui assener une mandale mémorable, et n’eut pas le temps de se protéger avec sa canne.

[…] p. 78
Ils étaient assis côte à côte et il pouvait sentir son parfum, qui couvrait légèrement les odeurs du mezzé et des embrunts du bord de mer. Il restait encore une heure avant de sentir le coucher de soleil, mais déjà il ne songeait qu’à l’horizontale qui les attendait, aux peaux d’été, de ce soleil tardif encore présent quelques jours, deux peaux qui allaient s’entrechoquer. Ravagé de désir et tenté par ce qu’il voyait, n’y tenant plus, Hussein commença à délicatement poser sa main sur la cuisse de Malko.

[…] p. 127
Frappé de stupeur il vit dans les yeux de Tania une terreur indescriptible, et su instinctivement qu’il y avait quelque chose derrière lui. Tania n’eut pas le temps de dire un seul mot, elle reçut une balle dans la tête, alors que Malko l’avait prise comme bouclier pour se protéger. Il se mis à courir dans le couloir vers l’escalier de secours et sentait son coeur marteler sa présence derrière sa poitrine taciturne mais encore finement toisonnée, avec sa chaîne en or qui battait en rythme sur sa peau. « Merde », pensa-t-il avant de commencer à ralentir parce que son coeur battait justement trop fort, il se tenait à la porte de toutes ses forces pendant que le tueur s’approchait de lui, lentement et un pas après l’autre, il entendait le frottement de sa combinaison camouflage.

« Je sais ce que tu te dis. Après tout ce temps, pas comme ça hein, pas aussi bêtement », dit-il à Malko. Il s’agenouilla, Malko ne pouvait lever la tête et cherchait où pouvait se trouver sa dignité, leurs yeux se rencontrèrent malgré la cagoule du tueur, qui cherchait les yeux de Malko en contre-plongée.

« Mais dis toi que ça pourrait être pire, je pourrais être une femme. ». Malko sourit à ce trait d’esprit et glapit un son d’approbation, il y avait décidement quelque chose de fraternel et bourru même dans la mort imminente, où l’on se comprenait entre semblables, ce qui le rassurait, tandis qu’il transpirait à grosses gouttes.

Elle continua donc à soutenir son regard et retira sa cagoule.

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