(AFP – 8/10/2022)
Par deux fois en 10 jours le Liban s’est trouvé cette année étrangement mis à la l’honneur à la foire internationale d’art de Klow, la FIAK – l’une des plus prestigieuses au monde, qui dure en ce moment du 1e au 19 octobre.
Le pavillon libanais a connu un incident jeudi lorsque pas moins de trois artistes contemporains se sont battus publiquement. Le public a d’abord cru à une performance faisant partie de la foire, et a laissé faire pendant 15 minutes, où chacun a détruit les projets des autres avec rage. En cause? La paternité d’une idée originale portant sur les affiches politiques déchirées de Beyrouth – terrain qui a étonnamment suscité trois travaux concomitants.
Chacun jure ne pas avoir eu vent des travaux des autres, et souligne la spécificité de son travail : « à partir d’une dynamique d’errance dans Beyrouth, j’ai voulu saisir les fantômes de l’histoire via les bribes et les lambeaux publics de ces affiches, en écho aux spectres de Derrida!« , hurle le premier Khalil H., auteur du projet « Beyrouth te fermera les yeux », lauréat de la résidence Sélim Narbiche cette année.

Une version à laquelle Mirna C. n’adhère pas une seconde, « c’est un plagiat grossier de mon projet où j’ai cherché à errer dans les bribes des fantômes derridiens pour saisir l’histoire par ses lambeaux » : son projet « les yeux te fermeront Beyrouth » avait remporté le prix Georges Boustanos. Elle ajoute : « il faut que je place « archive », « guerre civile », « Syrie » et « mémoire » aussi quelque part dans la présentation d’ailleurs…attendez vous enregistrez toujours?« .
Le troisième larron, Maroun A. est lui aussi hors de lui lorsqu’on le contacte, et raconte la genèse de son projet « les yeux te fermeront, Beyrouth » : « je m’emmerdais pendant l’été, et j’étais perdu dans des livres abscons de Derrida en pleine canicule alors j’ai commencé à prendre des photos en bas de chez moi et c’est évident qu’ils ont copié cette démarche« .
L’autre incident, plus sérieux, qui a nécessité l’intervention de l’état civil, a mis au prise deux artistes qui chacun avaient travaillé sur les archives de leur famille et procédé à une introspection spéculaire et intime de leur constellation familiale et leur place dans la société au fil d’une installation en clair-obscur : l’un et l’autre ont réalisé en visitant leurs installations respectives qu’ils avaient tout simplement le même père.
La police a enfin procédé à l’arrestation d’un autre artiste, prétendant vendre la vidéo du combat des trois artistes comme sa création visuelle, et interpellé les quatre collectionneurs qui s’apprêtaient à lui acheter. Elle a aussi rappelé à l’ordre ce data-artiste qui se préparait à réaliser une création à partir de son recensement exhaustif des 217 derniers projets sur ces mêmes affiches déchirées – tous ceux des trois dernières années.
(Klow, AFP)