La situation est totalement incompréhensible aujourd’hui à Larnaca, réveillé à l’aube par un coup d’Etat…libanais. L’armée libanaise s’est en effet emparée de l’île dans la nuit de mercredi à jeudi, désarmant les forces armées turques et grecques en un éclair, quasiment sans victimes.
« Puisqu’il n’y a plus besoin de nous et qu’il y a semble-t-il déjà une autre armée de 100,000 hommes au Liban pour protéger le territoire, nous avons fait comme tout le monde en ce moment : nous nous sommes expatriés », déclare le Général Douaihy, qui a mené cette opération coup de poing avec brio. « C’est le premier pas de notre projet, le « Très Grand Liban », il est temps de donner à ce petit pays à la si grande importance un territoire à sa mesure ».
Militaires, diplomates, tous sont pris de court ce matin, et personne ne veut croire que cette armée, réputée impotente, minée par les désertions ces derniers temps avec la crise économique qui frappe le Liban depuis 2019, aurait été en mesure de prendre le contrôle d’un tel territoire. Qui plus est une île, pour une armée réputée quasiment sans marine.
La réédition des militaires chypriotes aux forces armées libanaises
Les armées grecques et turques sont restées pour le moment silencieuses et n’ont pas répliqué, tout au plus un message énigmatique a été intercepté pendant l’assaut, venant du haut commandement grec de l’île – « si vous la voulez vous prenez les turcs avec je vous préviens, vous êtes sûrs que vous n’avez pas assez de problèmes déjà? », cette simple phrase déclenchant immédiatement de nouvelles tension gréco-turques plutôt qu’un front commun contre les libanais. La Grèce menaçant notamment de couper le robinet d’importation de séries turques vers l’Europe, qu’elle contrôle notoirement.
Mais comment une telle opération a pu être montée? L’attaché militaire d’une chancellerie occidentale soupçonne une opération minutieuse, qui aurait bénéficié de la complicité active de la diaspora libanaise installée sur l’île, estimée à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Sans écarter ce scénario, la diaspora libanaise semble toutefois partagée ce matin, entre fête avec les soldats et déception : « je n’ai pas quitté ce pays pour qu’il vienne me rattraper! », déplore par exemple Bettina Hreik, installée depuis deux ans à Larnaca, en pleurs quand on lui apprend la nouvelle à son réveil.
Pourquoi une telle tentative ensuite? Un coup d’État dans un État voisin plutôt que chez soi, c’est l’étrange compromis que semble avoir trouvé la Présidence de la République libanaise pour canaliser l’armée et enfin lui permettre de vivre son rêve d’accession au pouvoir sans pour autant menacer le château de cartes libanais. Surtout sans déranger la retraite paisiblement active de ses nonagénaires au pouvoir. C’est du moins ce que certains analystes laissent entendre, sans en avoir pour l’instant confirmation, « nous sommes totalement dans le flou » avoue l’un d’eux.
Le Général Douaihy, qui dit avoir mené cette opération « avec cœur, spontanéité, et enthousiasme, sans aucune haine pour nos amis chypriotes que nous sommes venus délivrer d’une situation complexe », veut croire à une nouvelle page d’histoire partagée, à grande échelle, « comme au temps de phéniciens », mais aussi plus contemporaine : « après tout on a déjà une sacré expérience dans la réunification d’une capitale, on est venus pour les aider aussi ».
Tandis qu’à Larnaca on se demande d’où vient cette nouvelle strate de complication et qu’est-ce qu’on a bien fait pour mériter ça en plus, à Beyrouth l’atmosphère est plus rigolarde. A l’annonce de la nouvelle ce matin, les réactions sont à la fois admiratives de l’armée, seule institution qui a su garder une image positive auprès de la population, et tout à fait désinvoltes : « une chose est sûre, c’est pas parce qu’un truc pareil arrive que ça pourra être plus compliqué qu’avant », résume Oum Ali, philosophe.
Une réflexion sur “La prise de Larnaca”